Recruter vite, bien, et dans le respect de contraintes réglementaires strictes : un défi quotidien pour les professionnels RH du secteur public et de la sécurité privée. Dans ces environnements où la pénurie de profils, l’urgence des besoins et les lourdeurs administratives s’accumulent, les solutions classiques montrent vite leurs limites.
C’est justement pour répondre à ces problématiques que le logiciel de recrutement Wink a vu le jour. Dans cet entretien, son cofondateur, Arnaud Balanche, revient sur la genèse du projet, les spécificités RH de la sécurité privée et des collectivités territoriales, et les défis à venir liés à l’intelligence artificielle.
Bonjour Arnaud, vous êtes l’un des cofondateurs de Wink, un logiciel de recrutement. Avant Wink, il y a eu plusieurs étapes marquantes dans votre parcours, pouvez-vous nous en dire plus svp ?
Bonjour, bien sûr ! Avant de me lancer dans cette aventure, j’ai travaillé en tant que consultant en recrutement dans un cabinet international. J’étais basé à Paris et je recrutais principalement des profils commerciaux pour des PME et des ETI, dans des secteurs d’activité très variés.
Avant cela, j’avais déjà eu une première expérience entrepreneuriale au Pérou, où j’ai monté une société appelée Lima Bici. Rien à voir avec ce que je fais aujourd’hui, mais c’était une première incursion dans le monde de la création d’entreprise.
Wink est donc ma deuxième société. Aujourd’hui, je m’occupe principalement du développement commercial, des partenariats, d’une partie du support utilisateur ainsi que de l’ensemble des missions de gestion que je partage avec mes associés.
Pouvez-vous nous présenter Wink ? Comment est né le projet ?
L’idée de Wink est née pendant mon expérience en cabinet de recrutement, où je faisais face aux défis de recrutement des PME et ETI. Cependant, je ne pouvais leur apporter que des solutions ponctuelles.
En parallèle, à cette époque, la HR tech commençait à émerger. Avec mon associé Hugo, on a eu envie d’apporter une solution plus scalable. Lui, de son côté, voyait les difficultés rencontrées par son père, qui venait de reprendre une PME industrielle : entre les mauvais recrutements et les postes non pourvus, l’impact était très concret sur le quotidien de l’entreprise.
On a alors décidé de s’associer. On était colocataires, donc on passait nos journées, et souvent nos soirées, à challenger nos idées. C’est dans cette dynamique qu’on a créé Wink.
Au départ, Wink fonctionnait comme un cabinet de recrutement. Puis, assez rapidement, on a lancé un réseau de recruteurs indépendants. Ce modèle nous a permis de générer du chiffre d’affaires, que l’on a réinvesti dans le développement de notre propre technologie.
L’année 2023 a marqué un tournant : on a mis fin à l’activité de conseil pour se concentrer uniquement sur notre logiciel et son expansion commerciale. C’est là que Wink a pris sa forme actuelle, c’est-à-dire un outil constitué de trois briques :
- Un ATS pour structurer les recrutements ;
- Un outil de diffusion d’annonces ;
- Une plateforme d’externalisation, qui permet aux sociétés de déléguer en un clic leurs recrutements aux recruteurs indépendants également présents dans la plateforme.
L’idée, c’est d’avoir un environnement unique, simple et performant pour tous les besoins liés au recrutement, notamment dans le secteur de la sécurité privée.
Justement, qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser au secteur de la sécurité privée ?
Tout est parti du fort écho médiatique autour des Jeux Olympiques de Paris. On voyait passer de nombreux articles sur le manque d’agents de sécurité, au point d’évoquer une possible mobilisation de l’armée pour combler le déficit. Ce constat nous a interpellés.
On a donc creusé le sujet pour mieux comprendre les enjeux du secteur. C’est à ce moment-là qu’on a rencontré Philippe Rigault du GES (Groupement des Entreprises de Sécurité), avec qui on a rapidement noué un partenariat. Il nous a permis d’échanger avec des acteurs du secteur et de signer notre premier client : Securiteam.
Puis, on a adapté certaines de nos fonctionnalités et gagné en visibilité. En un an, on est passés de zéro à une quinzaine de clients dans la sécurité privée.

Quelles sont les spécificités RH de ce secteur ?
Le métier d’agent de sécurité est très réglementé : sans carte professionnelle délivrée par le CNAPS, impossible d’exercer. Or, nos clients reçoivent énormément de candidatures, sans savoir tout de suite qui est éligible. Avec Wink, ce tri devient automatique : notre logiciel détecte la mention de la carte professionnelle dans les CV ou via des questions déclaratives.
Autre particularité du secteur : l’urgence. Les besoins peuvent tomber pour J+2 ou J+3. Sans vivier structuré, chaque mission devient un nouveau casse-tête. Wink permet aux équipes RH d’organiser et d’exploiter efficacement leur base de candidats pour retrouver en quelques clics les bons profils disponibles.
Dans la sécurité privée, il y a aussi un vrai enjeu de marque employeur. Les sites web des sociétés sont rarement engageants. Nous, on propose la création de sites carrières modernes, qui renforcent l’attractivité et facilitent le dépôt de candidatures qualifiées.
Enfin, il y a un sujet très concret de gain de temps opérationnel. Récemment, on a développé une intégration avec le logiciel Comet. Jusque-là, les recruteurs devaient ressaisir toutes les informations à la main une fois le candidat embauché. Aujourd’hui, tout est centralisé dans Wink et les données sont transmises automatiquement à l’ERP. Ce sont des heures économisées chaque semaine.
Vous vous adressez également au secteur public, en particulier aux collectivités territoriales, où les contraintes réglementaires sont nombreuses. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous tourner vers ce marché ?
Parce que c’est un secteur complexe ! D’une collectivité à l’autre, les organisations et les processus peuvent être radicalement différents. Il existe aussi des contraintes légales très spécifiques, qui en freinent plus d’un. La concurrence est donc moins forte, et cela nous permet d’installer plus facilement des barrières à l’entrée.
Ce virage vers le public, on le doit aussi à l’un de nos investisseurs, Nadi Bou Hanna, ancien directeur du numérique de l’État. Un jour, il nous a dit : « Votre logiciel est excellent, mais pourquoi vous ne le proposez qu’au privé ? Il y a un monde à explorer côté public. » Et il avait raison. Les besoins sont bien là, les enjeux aussi, et le champ d’action est immense.
Quelles adaptations avez-vous apportées à Wink pour répondre aux enjeux de recrutement des collectivités territoriales ?
D’abord, les collectivités territoriales ont l’obligation légale de publier leurs offres sur Emploi Territorial. Notre outil, lui, est connecté à cette plateforme. Autrement dit, en un clic, une collectivité peut publier son offre directement sur son compte Emploi Territorial. Mais on va plus loin : on permet aussi d’automatiser la Déclaration de Vacance d’Emploi (la DVE), ce qui fait gagner un temps précieux à l’agent qui en a la charge.
On a également intégré dans le logiciel le référentiel des métiers du CNFPT. Cela permet aux utilisateurs de retrouver exactement les mêmes repères que sur Emploi Territorial, mais directement dans Wink. Et ça, c’est un vrai plus pour la prise en main.
Enfin, on a développé une fonctionnalité permettant la publication automatique des annonces sur les sites des collectivités. Plus besoin de solliciter les équipes communication ou SI : les offres sont synchronisées en temps réel, ce qui fluidifie la collaboration entre les services.

Depuis le début de notre échange, vous parlez énormément d’automatisation. À ce sujet, quel regard portez-vous sur le rôle de l’intelligence artificielle dans le recrutement ?
Je dirais que l’IA suscite à la fois de l’enthousiasme et de l’inquiétude, chez les recruteurs comme chez nous. On est à la fois spectateurs et acteurs de ce qui est en train de se passer et, clairement, c’est un sujet central.
Chez Wink, l’IA est déjà utilisée à plusieurs niveaux très concrets. D’abord pour le parsing de CV : notre solution est capable de lire, extraire et structurer automatiquement les données d’un CV, sans que l’utilisateur ait à ressaisir les informations. Cela permet un vrai gain de temps et une meilleure qualité des données.
L’IA intervient aussi dans la rédaction et l’optimisation des offres d’emploi. Elle peut repérer des formulations problématiques ou discriminantes, susceptibles de bloquer la publication sur certains job boards, notamment France Travail. Il existe aujourd’hui 25 thématiques sensibles à éviter dans les annonces, que peu de recruteurs maîtrisent vraiment. Notre outil les détecte et les corrige automatiquement avant diffusion.
On travaille aussi sur des fonctionnalités à fort impact en termes de productivité, comme la génération automatique de comptes rendus d’entretien ou de qualification téléphonique. L’idée n’est pas de remplacer le recruteur, mais de l’assister dans des tâches chronophages.
Pour terminer, quelles sont les prochaines étapes pour Wink ?
D’abord, le produit : on poursuit le développement de nouvelles fonctionnalités, certaines liées à l’IA, d’autres non, mais toujours avec la même ambition : enrichir l’outil sans sacrifier sa simplicité d’usage.
Ensuite, l’humain : pour accompagner notre croissance, on renforce nos équipes, notamment côté tech, support utilisateur et commercial.
Enfin, l’ouverture à de nouveaux marchés. On travaille actuellement sur le secteur de la propreté. Un partenariat avec la FEP Île-de-France est en cours, pour mieux comprendre les besoins du terrain.